MINDFULNESS ET TDAH

Une intervention innovatrice pour le TDA/H est la pleine conscience, qui repose sur des techniques de méditation orientales combinées à des connaissances occidentales en psychologie. Elle vise à accroître la prise de conscience en accordant une attention particulière au moment présent, en renforçant l'observation sans jugement et en réduisant les réponses automatiques.


 

À la première vue, la pleine conscience et le TDA/H semblent constituer une combinaison contradictoire: méditer et rester assis pendant une période prolongée peut sembler être un accomplissement impossible pour un enfant qui a des difficultés à maintenir son attention et préfère être actif.

 

Toutefois, si l’on prend en compte certains des aspects essentiels de la pleine conscience, il apparaît clairement en quoi elle peut être bénéfique pour les enfants atteints de TDA/H. Les enfants atteints de TDA/H sont facilement distraits par des stimuli internes et externes, tels que des pensées et des sons ambiants, en particulier lors de tâches ennuyeuses ou difficiles, et omettent souvent de réorienter leur attention sur ce qu'ils étaient en train de faire. On apprend aux TDA/H à se concentrer sur un «point d'ancrage de l'attention», tel que le corps ou leur souffle, et à prendre conscience de l'endroit et de la manière dont leur esprit s’égare. La clé de la pratique de la pleine conscience est de remarquer quand on est distrait, de connaître le distracteur et de ramener l'attention sur le centre de l'attention. De cette manière, les enfants entraînent leur soi-disant «muscle de l'attention» qui, comme l'entraînement des muscles, nécessite de la pratique et de l’endurance. Le principe de ramener l'attention une fois distrait est le même, qu'il s'agisse de respirer ou d'une situation de la vie quotidienne nécessitant l'attention de l'enfant, comme des devoirs, des jeux ou des tâches ménagères.

 

Pendant la pratique de la pleine conscience, les enfants atteints du TDA/H doivent également observer les stimuli internes et externes qui entrent dans leur conscience, sans agir automatiquement sur eux. Ceci est un autre aspect clé de la pratique de la pleine conscience et tente de cibler les principaux symptômes, l’hyperactivité et l'impulsivité. Au cours de la méditation, les enfants peuvent observer, par exemple, une tendance à être agité, à ouvrir les yeux par curiosité pour regarder les autres enfants ou à laisser échapper des réponses à la question de l’entraîneur quand ce n’est pas leur tour. Ces tendances peuvent souvent échapper au contrôle de l’enfant. Cependant, en portant attention aux pulsions qui apparaissent et en reconnaissant les schémas automatiques de leurs pensées et de leurs comportements, les enfants peuvent développer la capacité de choisir comment répondre, plutôt que de réagir automatiquement à une stimulation, ils peuvent améliorer leur capacité à réguler leur comportement impulsif et hyperactif pendant la pratique de la méditation, ainsi que dans les situations de tous les jours.

 

Bien que cela puisse sembler quelque peu abstrait, nous expliquons cela plus concrètement aux enfants en jouant à des jeux et en utilisant des métaphores telles que l'autoroute (la voie rapide pour répondre impulsivement) ou la voie piétonne (la voie la plus lente pour répondre avec plus de conscience et de prévoyance).


 

L’entrainement à la pleine conscience pour les enfants atteints de TDA/H peut être combiné à une formation parallèle axée sur la parentalité, au cours de laquelle les parents apprennent à faire attention au moment présent et à observer leur enfant de manière attentive, non critique, et répondre  calmement plutôt que de réagir au comportement difficile de leur enfant.

Petronela MERCAS 


Psychologue clinicienne – Docteur en psychologie


Thérapies Cognitives et Comportementales
Centre de Consultations A. Tzanck 
 www.psy-tcc-mougins.fr
 

La pleine conscience ou mindfulness est un état de conscience qui résulte du fait de porter son attention, intentionnellement, au moment présent, en l'absence de tout jugement, sur l'expérience directe qui se déploie moment après moment

(Jon Kabat Zinn, 2003).

Nice-Monaco-Antibes Mindfulness 06 

Mindfulness Nice-Monaco est un groupe d'intérêt constitué de professionnels de la santé en vue de promouvoir la diffusion, le développement, la pratique, l'étude et tous les échanges possibles, autour de la méditation pleine conscience, dans la région sud-est de la France, comprenant les Alpes-Maritimes et Monaco.

    Vous pouvez y trouver des informations sur les programmes MBCT et apparentés MBSR prévus, sur les lieux de pratique en groupe, sur les retraites organisées, ainsi que sur les conférences autour de ce thème.

 La méditation de pleine conscience se distingue de la relaxation : on ne cherche pas à éviter de ressentir des émotions douloureuses ou à les masquer, mais au contraire à les accepter sans les amplifier. On pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte d’écologie de l’esprit, postulant que beaucoup de nos difficultés psychiques proviennent de stratégies inadaptées, fondées notamment sur le désir d’éradiquer la douleur (par le refus ou l’évitement). Pour paradoxal que cela paraisse, renoncer à ces stratégies permet souvent d’atténuer la souffrance plus vite et surtout plus durablement. 

 

 

 

Quelques idées reçues sur la méditation

 

    On pense souvent que la méditation est une réflexion approfondie et intelligente sur un sujet métaphysique comme la vie, la mort ou le cosmos. En réalité, dans la méditation de pleine conscience, l’attention n’est pas portée sur la réflexion intellectuelle ou l’élaboration conceptuelle, mais sur le ressenti non verbal, corporel et sensoriel.

 

    On pense souvent que la méditation consiste à faire le vide dans sa tête. En réalité, dans la méditation de pleine conscience, les instants sans mentalisation sont assez rares, et l’essentiel du travail consiste non à faire taire le bavardage de l’esprit, mais à ne pas se laisser entraîner par lui, en l’observant au lieu de s’y identifier. L’objectif est de se rapprocher d’une « conscience sans objet », où l’esprit n’est engagé dans aucune activité mentale volontaire, mais tente de rester en position d’observateur. Ce n’est donc pas une absence de pensées, mais une absence d’engagement dans les pensées.

 

    On pense souvent que la méditation est une démarche religieuse ou spirituelle. En réalité, dans la méditation de pleine conscience, on cherche avant tout à développer et à tester au quotidien un outil de régulation attentionnelle et émotionnelle, au-delà de toute forme de croyance.

 

    On pense souvent que la méditation est un peu comme la relaxation ou la sophrologie. En réalité, dans la méditation de pleine conscience, on ne cherche pas à atteindre un état de détente ou de calme particulier (certaines séances peuvent au contraire être difficiles ou douloureuses), mais juste à intensifier sa conscience et son recul envers ses expériences intimes. Par exemple, plutôt que de chercher à ne pas être en colère ou triste, on tend à observer la nature de ces émotions, leur impact sur le corps, les comportements qu’elles déclenchent. Donner ainsi un « espace mental » à ses émotions négatives permet d’en reprendre le contrôle, en leur permettant d’exister et de s’exprimer sans être amplifiées par la répression (ne pas les autoriser) ou la fusion (ne pas s’en distancier).

 

Source : Christophe André, Cerveau & Psycho - n° 41 septembre - octobre 2010

La méditation à l’école pour favoriser l’apprentissage

Depuis une dizaine d’années, les méthodes de méditation adaptée à l’enfant voient le jour. Parmi les plus célèbres : « L’attention, ça marche ! » de la Néerlandaise Eline Snel, « B » ou « Dot-be » du Britannique Chris Cullen et plus récemment, « Mindful Up » de la Française Jeanne Siaud-Facchin. Objectif : diminuer l’agitation psychique et émotionnelle afin de favoriser l’attention, l’écoute et l’apprentissage.

Directement inspirés du programme MBSR (réduction du stress par la pleine conscience) développé par l’américain Jon Kabat-Zinn, ces protocoles – plus ludiques – suscitent un réel intérêt aux États-Unis, au Canada ou encore dans les pays d’Europe du Nord, qui n’hésitent plus à les expérimenter en classe. Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement propose même depuis 2009 aux enseignants qui le souhaitent, de financer leur formation à la méthode d’Eline Snel.

Comment expliquer cet emballement ? Tentons de répondre à cette question en regardant ce qui se pratique au Canada.

L’exemple du Canada

Une journée dans la classe de Christopher Lee ne commence jamais sans un exercice de « respiration ». La tête posée sur leurs bras croisés sur le bureau, à côté des livres de maths, des élèves de septième année (l’équivalent du CM2) de l’école Renfrew de Vancouver (Canada) apprennent à respirer. Ou plutôt à s’écouter respirer, en silence ou, comme ce matin, sur l’Ave Maria chanté par Andrea Bocelli. L’exercice de relaxation est tiré du programme éducatif MindUp, pratiqué par plus d’un millier d’enseignants de la ville de l’Ouest canadien

Appliquée depuis près de dix ans dans les écoles de Vancouver, cette pratique pédagogique s’inspire de la très tendance technique de « pleine conscience » (mindfulness), qui aide à combattre le stress ou la dépression en se recentrant sur l’instant présent. MindUp y ajoute des leçons d’empathie, de contrôle des émotions ou encore d’optimisme. Un cocktail de positivité appelé « apprentissages émotionnels et sociaux », qui a pour but d’améliorer le bien-être des élèves et, in fine, leur réussite scolaire.

Les incivilités en classe diminuent

Cette méthode vient d’acquérir ses lettres de noblesse avec la publication, fin janvier, d’une étude scientifique reconnaissant ses bienfaits. Pendant quatre mois, les équipes de Kimberly Schonert-Reichl, chercheuse en psychologie qui a contribué au développement du programme MindUp, ont comparé les résultats de deux échantillons d’élèves, l’un suivant ce programme et l’autre non. La conclusion est sans appel : avec ces exercices, les incivilités en classe diminuent, la sensation de bien-être des écoliers s’améliore tout comme leurs résultats en maths.

Meilleure concentration des élèves et ambiance favorable au travail

Patricia Morris, vingt-cinq ans d’enseignement dans le cartable, dont cinq avec ces outils pédagogiques, est une adepte. « Aujourd’hui, certains déclics dans l’apprentissage ont lieu beaucoup plus tôt dans l’année », constate-t-elle dans sa classe de maternelle, encore émue de « l’incroyable gentillesse » de ses jeunes élèves. « Soit les techniques de relaxation permettent de mieux se concentrer, soit c’est la bonne ambiance dans la classe qui crée un meilleur climat d’apprentissage », ajoute Kimberly Schonert-Reichl.

Ça a un effet d’égalisateur social

Outre ces exercices de relaxation, l’établissement propose une séance de tai-chi qui, en dix minutes d’un ballet de légers mouvements sur fond de musique asiatique, fait taire les piaillements matinaux au moment de regagner les classes. « ça a un effet d’égalisateur social », observe également Brian Wong, instigateur du projet : « Les enfants issus de milieux favorisés ont tendance à être déjà calmes, mais pas ceux des familles en difficulté, qui arrivent à l’école imprégnés du stress de la maison. » La tête rentrée dans les épaules, Callidora, 9 ans, chuchote à notre oreille combien le tai-chi lui fait du bien, elle qui arrive « toujours la dernière à l’école » le matin.

Le développement personnel et social de l’enfant est fondamental

La Colombie-Britannique, qui forme les enseignants volontaires au programme MindUp, a fait du développement personnel et social l’un des fondamentaux à acquérir au même titre que le lire-écrire-compter cher à l’éducation nationale en France. « Auparavant, les recruteurs recherchaient des têtes bien pleines ; aujourd’hui, ils veulent aussi des compétences humaines de contrôle de soi et de travail en équipe », observe Kimberly Schonert-Reichl. Et, dans une ville aussi multiculturelle que Vancouver, où l’anglais est une deuxième langue pour 25 % des élèves, l’enjeu est aussi de bâtir en classe les conditions d’un vivre-ensemble qui dépasse les murs de l’école.

Source : Article paru dans Le Monde :